"Sauver le classique"


Par Matthieu Rouveix



Plan :



Introduction :

D'un point de vue sociologique, le "classique" (communément nommé "alternatif") est bien ancré chez les skieurs. De quasi exclusif chez le débutant, il passe à complémentaire avec le skating chez l’expert. Cependant on trouve entre ces deux niveaux, de plus en plus de skieurs qui l’ont complètement abandonné. Le "classique", à la fois physique et très technique demande une connaissance de la neige et du matériel très poussée. On comprend alors pourquoi avec la simplicité relative du skating, certains ont cru bon de ranger les skis et le fart au placard pour s’adonner à un plaisir qui ne colle pas les doigts et qui permet une progression plus rapide.

La spécialisation n’est plus à la mode (tout le monde se souvient de Balland) et aujourd’hui, pour être reconnu, les champions doivent être capables de se distinguer aussi bien en classique qu’en skating. L’organisation des calendriers et des compétitions, régionales à internationales, va dans le sens de la conservation du "classique", et c’est une bonne chose (explosion des gundersen). L’esprit du ski de fond s’y retrouve et on peut ainsi voir que les fondeurs partant affronter le froid, engranger des kilomètres dans la solitude des bois, n’est pas chose oublié.

A la fois technique et exigent, le "classique" peut procurer à celui qui atteint un petit niveau technique des sensations fabuleuses et une communion avec la neige et la forêt que seuls ceux qui ont osé s’user un peu les mains sur une semelle connaissent. Ceux-ci auront à jamais un petit faible pour la magie cachée du classique.

Loin d’être une solution miracle, mais plutôt une petite aide afin de s’initier au "classique". Les lignes qui vont suivre s’adressent à ceux qui ont abandonné ou n’ont jamais connu le classique, en espérant leur redonner goût à cette technique si chère à notre histoire de skieurs.


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Le matériel :

Le classique demande un équipement différent de celui du skating. Les skis sont plus longs, plus souples, avec une spatule relevée vers l’avant (pour ne pas la planter lors du mouvement) ; les bâtons sont plus courts et les chaussures laissent la cheville libre.

Le ski est composé de trois zones, deux de glisse (spatule et talon) et une d’accroche (sous le pied). La longueur de cette dernière zone va varier, suivant la longueur des skis, leur cambre et leur raideur, et enfin, suivant le poids et la technique du skieur. Le principe est simple : lorsque le poids est sur les deux skis, la zone d’accroche ne touche pas la neige. En montée par contre prendre un appui loin devant permet de plaquer la zone d’accroche et ainsi, d'avoir un appui fixe et solide. Il est donc primordial d’avoir une zone d’accroche bien définie et bien fartée.

Pour définir la zone d'accroche, il existe un moyen simple : il faut poser les skis sur une table avec le skieur dessus pendant que quelqu’un passe une feuille de papier entre la semelle du ski et la table. Lorsque le poids du corps est réparti sur les deux skis la feuille doit glisser sous la zone centrale et l’endroit où elle coince délimite la zone de fartage (de chaque côté). Si les skis sont bien choisis, lorsque le poids est sur un seul ski, la feuille ne doit pas passer et les zones de chaque ski doivent être de taille équivalente.

Si le choix des bâtons est relativement simple : ils doivent arriver sous les aisselles (des bâtons plus long permettent certes une meilleure propulsion sur le plat, mais provoquent des erreurs techniques importantes) le choix des skis mérite plus d’attention. Comme toute paire de skis, il est bon de s’assurer de leur symétrie en les plaquant, semelle contre semelle, afin de voir si celles-ci se complètent bien et qu’elles ne s’écartent ni à l’avant ni à l’arrière (ce qui nuirait à la glisse). La longueur ne sera pas vraiment un problème et il s’agit d’un compromis entre bonne glisse (skis longs) et maniabilité (skis courts). Entre 20 et 30 cm supérieur à la taille semble être un bon choix pour des skis de "classique". Le cambre, fonction de la longueur, de la forme, et de "l’élasticité" du ski, est un élément primordial dans le choix des skis. Les compétiteurs savent l’évaluer en plaquant à une main les skis, semelle contre semelle, et choisissent en général les cambres de cette façon pour trouver leurs différents types de skis (spécifique à chaque neige). Il existe aussi des outils de mesure chez les fabricants, permettant aux non-initiés de ne pas faire l'erreur fondamentale de prendre un ski trop dur, qui engendrerait une impossibilité à prendre des appuis solides.

Un débutant devra de toute façon choisir des skis souples. Si Smirnov avait fait assouplir les skis Rossignol ce n’est pas pour rien (même si ce n’était pas vraiment un débutant !!!).


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Le fartage :

Le fartage est considéré comme une petite science au sein des groupes de skieurs. Chacun possède ses trucs pour bien accrocher, et il arrive que sur une même course une multitude de farts différents soient employés. En effet l’art du fartage réside dans un compromis accroche-glisse, lui-même mis à l’épreuve par la distance, le relief, l’exposition, et les conditions atmosphériques inconstantes en montagne. Le bon fartage va être appliqué en pensant à l’état actuel de la neige et de l’atmosphère (déjà différents suivant les endroits de la piste), leur évolution pendant la course ainsi que l’évolution de ce même fartage, c’est à dire son usure ou son encrassement (branches de sapin, herbe, terre…). Autant dire que la tâche n’est pas facile. De plus, le règlement fait qu'une fois parti, il n'est plus possible de changer de ski. Le fartage doit donc être le bon, si on ne veut pas être contraint à partir pour une longue et jolie galère !!!

Heureusement, il n’en est pas toujours ainsi et le temps et la neige peuvent être très stables et sans surprise, autorisant un fartage beaucoup plus simple et insouciant. Il est d’ailleurs conseillé de débuter dans de bonnes conditions pour apprendre, sans risquer de partir "se faire les bras". J’irais même jusqu’à dire que dans certaines conditions, les skating seront très bien venus. En effet, il existe deux grands types de neige :

Les fabricants ont créé des gammes très larges et une fois que l’on connaît un peu la neige, il est possible de farter sans trop de difficultés. En tube comme en poussettes, les types de farts correspondent à des couleurs (ex :bleu : T°<0° rouge : T°>0°). Cette classification est la même chez la plupart des fabricants et seuls les compétiteurs devront tenir compte des légères variations(ex : REX accroche plus que SWIX). Plus la neige est froide, plus le fart sera dur et vis et versa. Chaque neige a donc son fart. On voit même des poussettes tous les quarts de degrés autour de zéro (gamme STAR). Enfin, sur le marché, on voit se multiplier les farts fluorés ou argentés qui améliorent la glisse mais malheureusement ne réduisent pas le prix et nuisent à l’accroche.

En bref, le fartage s’apprend de manière empirique et il ne faut pas hésiter à demander conseil aux classicistes que vous croisez, ils sont tous passés par là et savent à quel point il est difficile d’apprendre à farter. Il existe de plus une multitude de petits "trucs" et vous pouvez poser des questions par l’intermédiaire de ce site. Par exemple, le premier conseil sera de farter chacun de vos deux skis de manière différente avec les deux farts entre lesquels vous avez hésité. Vos connaissances iront deux fois plus vite, et j’utilise souvent cette astuce qui permet de comparer deux fartages proches. Ensuite, savez vous qu’en brûlant un fart à la lampe vous pouvez réduire son accroche ? Ce site peut être un moyen d’échange pour améliorer notre expérience. N’hésitez pas.


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Technique

Le travail technique fait partie intégrante de l’entraînement. La technique demande bien sûr l’œil averti d’un connaisseur pour éviter les défauts et les erreurs. Cependant, rien n’empêche de travailler tout seul sur ses principaux défauts. Le problème est qu’en classique on découvre plus vite ses défauts qu’on ne les résout et la plupart des skieurs doivent penser à une flopée de défauts à corriger lorsqu’ils s’appliquent.

Les principales erreurs techniques que l’on retrouve sont :

Les qualités qui font le bon technicien sont un bon transfert, l’alignement des segments, l’impulsion vers l’avant (le pied doit partir loin devant), la fluidité.

Le travail le plus important se fait sans les bâtons car le travail des jambes est à la base de l’édifice (les bras sont là pour ajouter de la puissance). Le travail sans bâtons est le meilleur test pour sentir si l’on est limite ou si l’on progresse, et c'est aussi là que l’on "joue sans fil", pas de bâton pour se rattraper (équilibre) ou pour compenser le manque d’accroche. Le bon technicien pourra grimper avec le minimum de fart. Chaque début de séance classique devrait être consacré à une partie technique sans bâton pour se replacer et par conséquent mieux skier, plus posé lors de la séance. Chaque défaut à son éducatif, mais lorsqu’on ne sait pas reconnaître ses défauts il peut être bon de faire un maximum d’éducatif. Ceux qui ont le plus de valeur à mes yeux sont sans bâton et sont :

Enfin, si le classique est très technique, il est bon de visualiser les champions, se visualiser, et enfin se faire bien conseiller pour progresser et prendre plus de plaisir à utiliser cette technique qui bien réalisée, est tout de même relativement magique.


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Conclusion :

Le ski de fond est un sport complet par excellence. Toutefois, il le doit à l’ensemble des qualités physiques et des savoirs techniques qu’il requière. Le priver comme certains le font de la technique classique revient à appauvrir les savoirs techniques de l’activité. Il est donc important d’aider le plus grand nombre à pratiquer le "classique" pour éviter qu’une partie des skieurs l’abandonne. Une désertification du classique risquerait à long terme de faire disparaître l’esprit premier du ski de fond, ainsi que sa richesse technique et culturelle, beaucoup plus vaste que celle du skating (sport très jeune). C’est pour cela que ces quelques lignes ont été rédigées, dans l’espoir de vous donner les clés de la réussite en "classique" et le désir de progresser à votre tour, et d'en faire un jour l’apologie.


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